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L'ABC DU MARTINET

"Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison" (René Char)

Je ne suis pas un passereau (contrairement aux hirondelles), j'appartiens à la famille des Apodidés, au genre : Apus, et à l'espèce : apus, mon petit nom est donc « apus apus », facile à retenir, non ?

Bon, ça c'est du latin que plus personne ne parle je crois – mais j'ai plein d'autres noms sympas :  en anglais Common swift, en espagnol Vencejo Común, en italien Rondone eurasiatico, en allemand Mauersegler, …

Je suis pour l'égalité des sexes, et du coup impossible pour vous de reconnaître un mâle d'une femelle, nous sommes strictement identiques avec notre plumage brun fuligineux (qu'on voit noir cendre de loin) et notre gorge blanche – et nous partageons aussi les tâches quotidiennes pour l'élevage des petits (à part pour la ponte bien sûr), bref nous sommes carrément en avance sur vous de ce point de vue …

Au repos, on a des allures de géants des airs sur courtes pattes avec notre corps en fuseau et surtout nos longues ailes étroites qui dépassent l’extrémité de la queue (courte et échancrée) et il faut l'avouer notre maladresse dès qu'il faut « marcher » – il y a d'ailleurs un poème de Baudelaire sur l'albatros qui nous irait bien vu aussi qu'on est un peu poètes dans l'âme ... mais bon, on ne va pas se plaindre, puisqu'on a eu droit à un poème de René Char siouplé !! Le martinet (c'est bien moi), qu'il compare au cœur de l'homme et waoh c'est tellement beau :

"Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison" (René Char, Le martinet, extrait, recueil « Fureur et Mystère » 1948).

Comme nous sommes de grands sportifs, nous avons un beau « profil » : de 40 à 45 gr, pour une longueur d'environ 16 cm (ah ben c'est un peu comme si vous pesiez moins de 40 kg pour 1,60 m), une envergure de fou du vol de 42 à 48 cm.

Et avec tout cet entraînement de ouf jour après jour, année après année, sans tabac ni alcool et sans forcer sur la bonne chère, notre longévité est très élevée, puisqu'on peut dépasser les 20 ans (bon, ça c'est quand on a la chance de traverser des années pleines d'insectes et de ne rencontrer ni faucon ni corneille affamés ni piques ou filets anti-pigeons …, sinon c'est plutôt en moyenne 6-7 ans).

Après, si on donne dans le sport, on doit avouer que le chant en revanche n'est pas notre truc (en ville vous avez déjà les merles et les mésanges) : notre plaisir à nous c'est plutôt le sifflement strident, une note très aiguë, qu'on répète à l'envi comme un concours d'excités, notamment lors de nos folles poursuites aériennes.

Et ce bel oiseau que je suis se nourrit exclusivement en vol et donc essentiellement des insectes volants, dont certains se laissent emporter les jours de beau temps par les vents et les courants aériens jusqu'à grande hauteur. J'ai un bec qui semble tout petit mais qui en fait s'ouvre très largement (un vrai gouffre à bestioles) pour capturer tout ce qui se présente – mais attention pas fou j'évite les guêpes et autres piqueurs !

Pour boire on se contente du liquide des insectes et des gouttes de pluie .. mais lorsqu'il fait très chaud, en vol toujours bien sûr je me résous à faire du rase-mottes (enfin du rase-onde) et j'effleure du bec la surface de l'eau.