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Les martinets ressemblent aux hirondelles et sont souvent confondus avec elles.

Le Martinet noir est reconnaissable en vol à sa silhouette, son allure et son plumage sombre, avec juste une tache blanche sous le menton (invisible de loin), sa grosse tête engoncée, et surtout de longues ailes en forme de faux (les hirondelles ont des ailes moins longues et plus larges) et sa queue effilée mais assez courte.

Il a un vol très rapide et pousse des cris stridents. Le soir les colonies font des escadrilles folles et criardes en volant à toute allure au ras des toits.

Il niche dans les bâtiments, en hauteur, et est en conséquence moins facilement visible que les hirondelles qui volent souvent plus près de nous. Il est présent chez nous moins longtemps car il n'arrive que fin avril et repart dès fin juillet.

Mais dans Paris intra-muros, les martinets sont en été bien plus nombreux que les hirondelles.

Il existe plusieurs sortes de martinets, à Paris c'est le martinet noir qui nous rend visite. Dans le sud de la France on rencontre aussi le martinet pâle et le martinet à ventre blanc.

 NE PAS

CONFONDRE

VOLER

Dotés d'un corps « fuselé » et d'immenses ailes, qui atteignent une envergure de près de 50 cm, ils sont vraiment faits pour voler : ils ne se posent quasiment jamais, sauf pour se reposer un peu après leur très long vol migratoire, et surtout pour nicher.

Ils font absolument tout en vol : ils mangent, boivent, se toilettent, attrapent les matériaux légers qu'ils agglutineront avec leur salive pour faire leur nid, dorment et  doivent même gérer leur mue (renouvellement des plumes)!, et pour finir c'est le seul oiseau au monde capable de s'accoupler en vol.

Ils font des prouesses aériennes avec leur vol à grande vitesse .. et s'amusent même parfois à voler sur le dos !

D'ailleurs ils n'ont quasiment pas de pattes mais leurs 4 fortes griffes situées en avant leur permettent de s'agripper à des murs et parois verticales.

Leur tout premier envol ne comporte aucun droit à l'erreur : à partir d'un nid étroit où ils n'ont pas de place pour bouger, ils doivent savoir voler d'un coup d'un seul, car ce premier « saut sans le vide » les propulse dans l'élément aérien qu'ils parcourront inlassablement toute leur vie.

Ce premier départ signe un vol de ... presque 2 ans avant de se poser à nouveau ! Quant aux adultes reproducteurs, ils ne posent que pour nicher et donc volent sans arrêt entre le retour en Afrique et la nouvelle saison en Europe, donc au moins 270 jours par an...

Ces oiseaux « +++ » vont durant leur vie parcourir près de (voire plus de) 3 millions de kilomètres, soit plusieurs allers-retours de la Terre à la Lune !

Le soir ils se regroupent et montent, montent, montent dans le ciel, en s'appuyant sur des courants d'air chaud ascendant, et ce jusqu'à 2000 m voire 3000 m d'altitude !

Les soirs d'été on peut les observer, de bandes bruyantes enivrées de vol et de cris, se regrouper et s'élever sans fin sans fin, toujours plus haut, toujours plus petits, jusqu'à disparaître entièrement à notre vue ..

« Posés » sur cet air chaud, tout là-haut, ils dorment par micro-fractions : ils battent des ailes quelques secondes, puis planent quelques secondes, et répètent cette séquence toute la nuit, avant de redescendre à nouveau en ville à l'aube.

A propos de nuit, une autre capacité exceptionnelle à noter : ils possèdent une rétine comprenant autant de cellules visuelles à cônes qu'à bâtonnets.... en clair cela signifie qu'ils voient aussi bien  de nuit que de jour !

HAUT

VITESSE

De mai à juillet les martinets égayent le ciel de Paris de leurs folles escadrilles à 100 à l'heure - et c'est vraiment 100km/h voire davantage, ils peuvent même en piqué atteindre 160 et jusqu'à 200 km/h !

… même si leur vitesse « de croisière », par exemple quand ils chassent les insectes, est un peu plus sage, de l'ordre de 40 à 60 km/h, et ils savent aussi utiliser le vol plané pour s'économiser.

Ils sont capables de freinages brutaux très efficaces, qui leur permettent d'arriver au nid à grande vitesse, facilement 60 km/h, sans se fracasser pour autant.

Bon, à vrai dire, comme les chats, ils sont parfois trop sûrs d'eux et se ratent un peu en s'assommant à moitié, en général sans trop de mal .. mais parfois malheureusement leur amour de la vitesse leur est fatal quand ils rencontrent par exemple des piques anti-pigeons … qu'on dispose si nombreux partout, sans penser aux dangers qu'ils représentent pour les martinets !

Le martinet est strictement insectivore – or le froid et surtout la pluie réduisent considérablement voire anéantissent les possibilités de se mettre quelque chose dans le bec ..

Heureusement l'incroyable capacité de vol des martinets leur permet de se soustraire à des conditions climatiques ou météorologiques défavorables. Ils peuvent ainsi faire des centaines de kilomètres pour contourner une dépression très pluvieuse afin de continuer à chasser sur des zones permettant de capturer des insectes et continuer à se nourrir.

Mais comment faire avec des oisillons au nid ? En cas de mauvais temps prolongé, les adultes sont obligés de s'éloigner longtemps pour chasser au loin.. de telles circonstances, si elles durent trop longtemps, peuvent être fatales à une nichée, mais la nature a doté le martinet d'une capacité exceptionnelle et rarissime = les oisillons « abandonnés » sont capables d'entrer en léthargie au nid pendant plusieurs jours (9 maximum) en jeûnant. Ainsi leur température baisse et ils vivent en économie d'énergie jusqu'au retour de conditions favorables .. et des adultes !

C'est le seul groupe d'oiseaux à pratiquer cette forme d'"hibernation".

HIBERNATION

24H

Pour les adultes nicheurs, les journées sont très très chargées : après une nuit passée au nid à couver ou à réchauffer les oisillons, ils partent à l'aube souvent jusqu'à la campagne pour chasser les insectes afin de se nourrir et surtout de ramener au nid de quoi nourrir leurs oisillons. Ils chassent ainsi toute la journée (18h de travail non stop sans congés payés) en emmagasinant des centaines d'insectes dans leur jabot (qui est très visible quand il est plein, comme un goitre!) qu'ils régurgitent au nid ; ils font pour cela plusieurs dizaines d'allers-retours ville-campagne dans la journée, soit 8 à 900 km en moyenne... presque mille kilomètres par jour, une vraie rigolade quand on est un martinet !

Les martinets trop jeunes pour nicher, n'ayant pas de couvées à surveiller et réchauffer, passent la nuit « au firmament », portés par une masse d'air chaud. Ils ont un emploi du temps allégé, même s'ils passent aussi l'essentiel de leur journée à chasser pour se nourrir, et puis ils doivent aussi commencer à repérer un nid potentiel et un partenaire pour l'année suivante.

Le soir tous reviennent en ville et s'adonnent alors à leur « sport » favori (sauf les adultes coincés sur leur nid, qui s'offrent parfois quand même quelques petits tours ..) : les vols fous en escadrilles en rasant à toute vitesse les toits et façades, et en criant de plaisir … ce qui leur permet aussi semble-t-il de quadriller leur quartier (répartition par colonies), d'y affirmer leur présence, et aussi de contacter les martinets coincés dans les nids pour couver par exemple.

Voici le calendrier de leur séjour intense : arrivée et pontes début mai / nourrissage-élevage juin-juillet / départ dès la nichée élevée, à partir de mi-juillet et jusqu'en août … avec donc un baptême de l'air de 7 à 10 000 km pour les grands bébés !

Ce sont « Les cent-jours du Martinet » (cité par la revue La Hulotte).

Ce calendrier est celui des adultes reproducteurs, mais il faut savoir que le martinet ne peut pas se reproduire avant l'âge de 3 ans : pour ceux qui ont entre 2 et 3 ans, le séjour chez nous est mis à profit pour repérer leur futur nid (celui qu'ils utiliseront l'année suivante), leur future partenaire et même commencer à aménager le nid – comme ceci représente tout de même moins de travail que pour les adultes reproducteurs, ces jeunots n'arrivent en général qu'après la mi-mai.

A signaler : le monde des martinets n'est pas tout rose .. et la défense ou l'appropriation d'un nid est la cause des plus terribles combats entre martinets, affrontements entre mâles qui peuvent être très violents et acharnés, à coups de griffes (terribles armes), de bec et d'ailes.

Enfin les plus jeunes, qui ont entre 1 et 2 ans, sont ceux qui arrivent le plus tard, un peu avant mi-juin, et, faute de travail à temps plein, ils se comportent en foufous bien turbulents, majoritaires dans les folles escadrilles échevelées et bruyantes au ras des toits qui constituent la signature des martinets dans nos villes l'été !

Avant leur départ, on peut souvent observer de grands rassemblements pré-migratoires dans la 2ème quinzaine de juillet, avec plus d'une centaine voire plusieurs centaines d'oiseaux !

CENT JOURS